Entre les USA, la Belgique, Hong Kong et la France, Henry Labbaci choisit la France pour exprimer son potentiel

JOURNAL DE BORD D'UN ATHLÈTE

Réalisé par Trackandmemes, le 23 juillet 2026

Henry Labbaci, spécialiste du 100 mètres et du saut en longueur, n’a pas fini de faire parler de lui ! À peine revenu de blessure, il est allé décrocher cet été la médaille d’argent au championnat de France, sur 100 mètres en 10 secondes et 87 centièmes, et en saut en longueur, en s’envolant à 6 mètres et 99 centimètres.

Actuellement aux États-Unis, et de temps en temps en France ou en Belgique, Henry a choisi de collaborer avec l’entraîneur belge qui l’a repéré, Franck Keïta.

J’ai grandi entre Hong Kong, la France et la Belgique.

Je suis né en France, puis quelques mois après ma naissance, on est partis vivre à Hong Kong pour le travail de mon père. J’y suis resté environ trois ans. Ensuite, nous sommes retournés vivre en France pendant plusieurs années, avant d’à nouveau déménager en Belgique.

C’est donc en Belgique que j’ai découvert l’athlétisme, et que j’ai rencontré Franck Keïta, qui m’a tout de suite transmis une vraie culture du travail et de la discipline. Grâce à lui, j’ai rapidement compris que je pouvais viser le haut niveau…

Henry Labbaci et son coach Franck Keïta

Aujourd’hui, je peux dire qu’à notre rencontre, c’est Franck qui m’a choisi. Je me souviens de mon premier jour à CSF, où il m’a rapidement montré qu’il croyait en mon potentiel. Ensuite, en découvrant sa façon de travailler, j’ai vraiment accroché. Il est très à l’écoute, sérieux et il cherche toujours ce qu’il y a de mieux pour l’athlète. Il ne fait pas seulement des entraînements, il accompagne vraiment le projet global, que ce soit pour trouver une université ou pour construire la suite de ma carrière.

Votre collaboration a-t-elle porté ses fruits ?

Eh bien… J’ai commencé l’athlétisme en 2022. Très vite, j’atteins un bon niveau. Je décroche deux titres de champion de Belgique U16 sur 60 mètres, un titre sur 60 mètres haies, les records LBFA U16 du 100 mètres et du saut en longueur. J’ai même égalé le record de Belgique du 60 mètres (non homologué car je suis français).

Que s’est-il passé par la suite ?

J’ai suivi mon père aux États-Unis. J’ai choisi de continuer à distance avec Franck. La transition a été difficile. J’ai eu une pubalgie pendant un an et demi. Je m’entrainais souvent seul. Cette blessure a été réglée il y a un mois seulement. Et malgré cette période compliquée, je n’ai jamais lâché. Je suis revenu juste à temps pour me qualifier aux Championnats de France 2026, et j’ai décroché deux médailles d’argent U18 sur 100 mètres et en saut en longueur.

Aujourd’hui, mon objectif est clair ! Continuer à progresser, et viser le plus haut niveau.

Comment se passe ton séjour aux USA ?

Je suis parti aux États-Unis pour le travail de mon père. Je suis scolarisé dans une école internationale avec une section française, ce qui me permet de suivre le programme français et de préparer le baccalauréat.

Sur le plan sportif, le plus gros changement a été de devoir m’entraîner la plupart du temps seul, sans coach sur place qui corresponde à mon projet. J’ai donc continué à distance avec Franck. Ce n’est pas toujours simple, surtout pour gérer les imprévus ou le matériel disponible. Mais cette expérience m’a fait énormément grandir. Elle m’a appris à prendre mes responsabilités et à rester discipliné, même loin du groupe.

À court terme, mon objectif est de continuer à progresser, d’enchaîner les compétitions sans blessure et de retrouver mon meilleur niveau. À plus long terme, j’aimerais intégrer l’équipe de France, participer aux grandes compétitions internationales et voir jusqu’où je peux aller dans ce sport.

Comment gères-tu tes allers-retours entre la France, la Belgique et les États-Unis ?

Je n’ai pas beaucoup de liberté sur mes déplacements à cause du calendrier scolaire et du baccalauréat. Dès que l’année se termine, je prends le premier vol pour l’Europe. Je profite de ces deux mois sur place pour retrouver ma famille, mes grands-parents, mes sœurs, m’entraîner avec mon coach et le groupe, et enchaîner les compétitions en France et en Belgique.

En réalité, devoir tout organiser dans un laps de temps assez court est la partie la plus compliquée. Je dois souvent faire des choix, car il est impossible de tout faire. C’est le prix à payer pour concilier mes études aux États-Unis et mon projet sportif en Europe.

3 choses que tu as apprises en devant athlète américain 

La première, c’est le fait de devoir m’adapter à la chaleur. Au Texas, on s’entraîne souvent à 30-35 °C, parfois plus. J’ai appris à gérer ces conditions.

La deuxième, c’est d’écouter mon corps. Après presque deux ans de blessure, j’ai compris qu’il valait parfois mieux arrêter une séance, plutôt que de forcer. Aujourd’hui, je me connais beaucoup mieux.

Enfin, la troisième, c’est la responsabilité. Être loin m’a obligé à devenir très autonome dans mon entraînement et à avancer même quand personne n’est là pour me pousser.

3 choses que tu détestes des États-Unis

La première, c’est la dépendance à la voiture. Aux États-Unis, surtout au Texas, il y a très peu de trottoirs et tout est pensé pour la voiture, contrairement à l’Europe.

La deuxième, c’est l’alimentation et certains produits du quotidien. Il y a beaucoup de produits ultra-transformés et je trouve qu’on fait moins facilement confiance à ce qu’on achète. Il me manque des choses simples, comme une bonne baguette, des fromages, des yaourts ou du saucisson.

La troisième, c’est la distance avec ma famille et mes proches. Quand on est à plusieurs milliers de kilomètres, on réalise à quel point les moments ensemble sont précieux.

3 choses que tu adores des États-Unis

La première, c’est que tout est en grand : les infrastructures, les routes, les magasins… Tout paraît immense.

La deuxième, c’est le climat. Au Texas, il fait beau et chaud presque toute l’année, ce qui change complètement de la Belgique.

La troisième, c’est l’ambiance générale. On a vraiment l’impression de vivre dans un film américain, que ce soit sur les campus, lors des événements sportifs ou dans le quotidien.

1 chose que tu n’aimes pas dans le mindset américain sur le plan sportif 

De ce que j’ai pu observer, j’ai parfois l’impression que l’état d’esprit est un peu moins centré sur l’écoute de l’athlète. On attend souvent que tout le monde suive le même programme, alors que chaque sportif est différent. Prendre davantage en compte le ressenti de chacun permettrait de limiter les blessures et d’optimiser la progression.

1 chose que tu aimes dans le mindset américain sur le plan sportif

Ce que j’aime surtout, c’est leur goût de l’effort. Ils n’ont pas peur de travailler dur, de repousser leurs limites et de toujours chercher à progresser.

Pourquoi ne pas avoir choisi de collaborer avec un coach américain ?

Aux États-Unis, le sport fonctionne différemment dans mon école. C’est une institution privée qui ne fonctionne pas comme les lycées publics. L’année scolaire est divisée en trois saisons sportives (équivalent à quatre mois dans l’année), ce qui permet aux élèves de tester plusieurs sports différents durant l’année académique.

Le problème, c’est qu’on peut pratiquer l’athlétisme uniquement durant une seule de ces trois saisons. Pour quelqu’un qui vise le haut niveau, ce n’est pas suffisant. L’idéal serait d’avoir un vrai suivi avec des cycles d’entraînement précis toute l’année.

Les coachs spécialisés dans le haut niveau existent aux États-Unis, mais ils sont souvent déjà liés aux grandes universités ou très difficiles d’accès. Et lorsqu’ils proposent un suivi individuel, cela peut aussi représenter un coût très important.

Comment fais-tu pour continuer à distance avec Franck Keïta, entraîneur de la Roadtospeed ?

Franck a créé un espace sur l’application Notion où je peux retrouver toutes mes séances, mes tests, mes records et un calendrier partagé pour qu’on puisse suivre ensemble la saison.

On s’appelle une fois par semaine pour faire le point sur les entraînements, mes sensations et les compétitions à venir. Et après presque chaque séance, je lui envoie mes ressentis ainsi que des vidéos pour qu’il puisse corriger ma technique.

Henry Labbaci et son coach Frank Keïta

Raconte-nous une anecdote sur ton séjour aux USA 🇺🇸

Une anecdote qui m’a marqué, c’est un événement qui s’est déroulé quelques semaines après mon arrivée aux États-Unis ! Un ami de l’école m’a invité à voir un match de basket. On avait acheté des places tout en haut de la salle, à une dizaine de dollars.

Et là, son père nous appelle ! Des places au bord du terrain venaient de se libérer. On s’est retrouvés en courtside, juste à côté des joueurs, avec l’accès aux salons et au buffet. C’était une expérience complètement folle. Je venais d’arriver aux États-Unis, donc c’était une bonne façon de découvrir la culture sportive américaine.

Tu penses que ton séjour aux USA a été un plus dans ta carrière sportive ?

À court terme, je pense que ce n’a pas été un avantage sur le plan sportif. Ma blessure est arrivée peu après mon arrivée aux États-Unis, et le fait d’être loin de mes repères, de Franck, des médecins et des kinés que je connaissais, a rendu cette période plus compliquée. Ça a clairement ralenti ma progression.

En revanche, à long terme, je pense que cette expérience va beaucoup m’apporter. J’ai gagné en autonomie, en maturité, j’ai amélioré mon anglais et j’ai fait de belles rencontres. Si je poursuis un jour ma carrière dans une université américaine, cette expérience sera forcément un vrai atout.

Donc, même si les débuts ont été difficiles sur le plan sportif, je pense qu’avec du recul, partir aux États-Unis pourrait être une chance pour la suite de ma carrière.

As-tu pu te faire un cercle amical à l’école ?

Oui, clairement ! J’ai réussi à trouver un bon groupe d’amis. Je m’entends très bien avec eux et j’ai trouvé un entourage qui me pousse vers le haut, que ce soit dans le sport ou dans les études.

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